Citect : Schneider Electric est enfin parvenu à ses fins…

Le 20/03/2006 à 0:00  
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Les actionnaires de la société australienne Citect (spécialisée dans les logiciels de supervision et MES) ont suivi les recommandations des dirigeants de l’entreprise : la majorité d’entre eux a accepté de vendre ses actions à Schneider Electric. Reste maintenant à Schneider Electric à racheter effectivement ces actions et il a jusqu’à la fin du mois pour ça. Mais l’issue ne fait guère de doute tant le groupe a fait preuve de détermination jusqu’ici, n’hésitant pas à relever deux fois son offre pour contrer les ambitions du fonds d’investissement américain Thoma Cressey Equity Partners (TCEP), qui avait surenchéri à deux reprises aux propositions de Schneider Electric. Pour acquérir les actions de Citect, Schneider aura dû relever de 47 % le prix initial proposé… Finalement, le rachat aura coûté environ 100 millions de dollars australiens à Schneider, soit environ 60 M€.
Citect a fini l’année 2005 sur un chiffre d’affaires de 68,1 M$ (il s’agit de dollars australiens), en croissance de 12 %. Le bénéfice net a quant à lui progressé de 33 % pour s’établir à 6 M$. C’est donc une société prospère, relativement puissante et de surcroît connue dans le monde entier (notamment aux Etats-Unis et en Asie) que vient de reprendre Schneider Electric. C’est surtout une acquisition stratégique car elle lui permet enfin d’avoir une offre intégrée en supervision et MES (Manufacturing Execution System).
Schneider Electric a clairement indiqué qu’il souhaitait intégrer Citect dans son offre. Ceci peut se comprendre car cela lui permettrait de rivaliser avec ses plus gros concurrents directs, Siemens et Rockwell Automation. En même temps, on a du mal à penser que Citect puisse rompre avec la politique qui a fait son succès jusqu'ici : les logiciels de supervision et MES de Citect vivaient leur propre vie, indépendamment des fournisseurs d’automates programmables, et ont été portés sur la plupart des grandes marques d’automates programmables. Il semble évident que Schneider Electric va chercher à conserver le marché actuel de Citect. En effet, s’il s’était agi d’acquérir un technologie en supervision et MES, Schneider aurait pu trouver son bonheur en France, les éditeurs de logiciels de supervision ne manquent pas et leur prix est sûrement plus accessible que celui de Citect. Et pourtant, on voit mal comment Citect pourrait continuer à servir de la même manière son marché actuel. En son temps, Rockwell avait pensé que sa division Rockwell Software pourrait s’affirmer à l’écart de la division automate ; cela n’a pas duré longtemps, la division logiciel a été intégrée dans Rockwell Automation. De même, Emerson avait pensé qu’Intellution pourrait continuer à servir ses clients traditionnels tout en fournissant des logiciels aux divisions du groupe ; là aussi, ça s’est avéré impossible et Intellution a été cédé à GE Fanuc. On pourra toujours objecter qu’il y a le contre exemple Wonderware (le leader mondial en supervision) qui vit bien sa vie à l’intérieur du groupe Invensys, sans pâtir de la présence de Foxboro ou Eurotherm Automation…
Par ailleurs, Schneider Electric espère que le rachat de Citect va lui servir de tremplin pour vendre ses produits d’automatismes (automates, variateurs) aux industriels équipés du logiciel de Citect mais utilisant des marques d’automates autres que Schneider Electric. Là aussi, ce n’est pas gagné car l’expérience montre que les industriels sont en général fidèles à une marque (le changement coûte cher en terme de formation et de maintenance…).
Le rachat de Citect pose aussi la question des accords de partenariat qu’a déjà noués la société avec certains fournisseurs d’automates, comme par exemple Mitsubishi en Europe.
On le voit, cela fait beaucoup de questions. On y verra plus clair lorsque l’on connaîtra le sort de la marque Citect (va t-elle être conservée ?), celui de la société elle-même (va-t-elle disparaître ou pas ?), et l’approche commerciale adoptée (un réseau purement Schneider Electric ou pas). Peut-être y aura-t-il une stratégie différente d’un pays à l’autre… (Mars 2006)

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