«Matériel et logiciel agis sent de concert pour améliorer les proce ss»

Le 03/04/2019 à 15:00  

Mesures. Hexagon Manufacturing Intelligence applique clairement une stratégie d'acquisitions depuis quelques années. Pourquoi avoir mis en œuvre cette stratégie?

Norbert Hanke. C'est vrai, au cours de ces 18 dernières années, en fait depuis la création de cette entité, nous avons fait beaucoup d'acquisitions. Mais nous avons marqué un tournant fondamental dans la stratégie de notre groupe depuis quatre ans car, jusqu'en 2014, nous étions une société entièrement tournée vers la mesure. Mais grâce à nos acquisitions récentes, nous avons étendu nos compétences dans de nouveaux domaines qui vont bien au-delà. L'autre chose dont nous sommes fiers est la manière dont nous apprenons de ces acquisitions pour compléter notre offre et proposer des solutions en adéquation avec la demande actuelle du marché et la demande à venir. Donc, c'est clair que la croissance externe fait partie de notre ADN, mais nous accordons également une place importante au développement interne puisque nous consacrons entre 10 et 12% de notre chiffre d'affaires à laR&D,cequi constitue une part importante. Donc, notre stratégie est en fait basée sur un mélange subtil entre croissance externe et croissance interne, même si je dois admettre que nous ne sommes peut-être pas aussi patients que d'autres sociétés pour étoffer notre offre et compléter nos solutions technologiques car nous tenons à maintenir une certaine dynamique, une certaine vitesse de développement en quelque sorte. Mais à chaque fois que nous voulons enrichir notre offre, on se pose systématiquement la question de savoir si l'on développe la technologie en interne ou si l'on étudie la possibilité d'acquérir une société déjà experte en la matière.

Mesures. Récemment, Hexagon Manufacturing Intelligence a surtout procédé à des acquisitions dans le domaine du logiciel. Pouvez-vous nous indiquer la part du logiciel dans la mesure mécanique?

Norbert Hanke. Nous avons procédé, en effet, à plusieurs acquisitions de ce type ces derniers temps, à l'image de MSC Software dont Brian Shepherd parlera mieux que moi. Car la part du logiciel est de plus en plus importante pour le domaine de la mesure mécanique. Mais là encore, nous effectuons aussi des développements en interne dans le domaine du logiciel. C'est vers cela que la mesure mécanique s'oriente. Cela dit, il nous faut toujours travailler à trouver de nouvelles solutions matérielles, à base de capteurs, d'instruments de mesure, etc. Certes, le logiciel est important, mais c'est la combinaison du matériel et du logiciel qui est réellement cruciale.Vous savez, je suis un technologue, un passionné des systèmes. Je suis conscient que le logiciel doit accompagner les solutions technologiques dans le domaine de la mesure, mais le logiciel ne peut en aucun cas se substituer à la technologie. Les deux doivent aller dans le même sens pour proposer de nouvelles solutions globales à nos clients.

Mesures. Lors de la conférence inaugurale del'édition 2018 de votre événement HxGN Live qui se déroule tous les ans en juin à Las Vegas, Ola Rollen, Pdg du groupe Hexagon, maison mère d'Hexagon Manufacturing Intelligence, a présenté le concept Exalt. Pouvez-vous nous expliquer ce dont il s'agit?

Norbert Hanke. Exalt est un concept qui mixe différents éléments - tels que le edge computing et l'intelligence artificielle - dans le cadre de ce que l'on peut appeler un système cyberphy-sique,c'est-à-direunsystème qui permet des prises de décision au plus bas niveau, au niveau du système ou de la machine, sans passer par le cloud car c'est trop lent. Le but est d'améliorer le flux industriel au niveau le plus bas. Exalt est donc une appellation générique de toute notre offre liée à cette tendance. D'une certaine manière, cela constitue notre vision de là où les sys-tèmes industriels tendent. Hexagon a pour ambition d'être un leader mondial des solutions numériques permettant de créer ce que l'on appelle des écosystèmes connectés autonomes [ACE, autonomous connected ecosystems , ndlr], c'est-à-dire des états dans lesquels les données sont connectées de manière transparente grâce à la convergence du monde physique, du monde numérique et de l'intelligence intégrée.

Norbert Hanke, président et CEO d'Hexagon Manufacturing Intelligence

Titulaire d'un diplôme supérieur en sciences économiques, Norbert Hanke a occupé le poste de directeur financier chez Brown & Sharpe avant de rejoindre Hexagon en 2001.

Il a également occupé plusieurs postes à responsabilité au sein du groupe Kloeckner. Norbert Hanke est actuellement président et CEO d'Hexagon Manufacturing Intelligence, la branche mesure du groupe suédois Hexagon.

Brian Shepherd, vice-président en charge des solutions logicielles chez Hexagon Manufacturing Intelligence

Brian Shepherd a rejoint Hexagon Manufacturing Intelligence en juin 2017 en tant que vice-président en charge des solutions logicielles, peu après le rachat de MSC Software par Hexagon. Il est à ce titre responsable des initiatives de solutions d'usine intelligente développées par Hexagon. Auparavant, Brian Shepherd a occupé différents postes de direction au cours de ses vingt années chez PTC et a également passé dix ans chez Nortel Networks.

Mesures. Quel sera l'impact de l'industrie du futur au niveau de l'emploi? Cela impactera-t-il le domaine de la mesure?

Norbert Hanke. Ce dont on est sûr, c'est que l'industrie du futur va changer le paysage de l'emploi dans l'industrie, va donner lieu à de nouveaux métiers et sans doute en faire disparaître d'autres. Mais prenez l'exemple de la robotique collaborative qui est l'un des éléments de l'industrie du futur, elle permet aux humains de s'affranchir de certaines tâches répétitives ou peu intéressantes, ou de les aider à faire des opérations éprouvantes, pour aller vers des tâches beaucoup plus valorisantes pour le personnel. Si on axe le propos davantage sur la mesure et pas seulement sur l'aspect purement production, cela va aussi changer notre manière de travailler. Actuellement, dans la mesure, on passe disons 85% de notre temps à collecter des données en effectuant des mesures, et seulement 10% à analyser et exploiter ces données et peut-être 5% à prendre des décisions découlant de cette analyse. Je pense que cela va fondamentalement changer car il faudra passer plus de temps à analyser les données pour mieux choisir les bonnes options et prendre les bonnes décisions dans le projet que l'on souhaite mener à bien.

Mesures. Mais avec ce flux toujours plus important de données collectées se pose la question de la sécurité. Existe-t-il réellement des solutions pour contrer ce problème crucial?

Norbert Hanke. Je ne suis pas un expert en cybersécurité, mais il y a deux choses que je peux vous dire. Premièrement, la cybersécurité est quelque chose de fondamental car il y a et il y aura toujours des actions malveillantes non seulement sur les systèmes informatiques des particuliers, mais aussi, et c'est sans doute potentiellement plus grave, sur les systèmes industriels dont certains peuvent bien évidemment s'avérer critiques. Deuxièmement, il faut que les industriels unissent leurs forces et travaillent ensemble pour trouver de nouveaux standards, de nouvelles solutions technologiques pour contrer ces attaques. Sinon, nous aurons de gros problèmes. Ce que j'observe, c'est que le monde industriel s'ouvre de plus en plus pour travailler via des partenariats car aucune entreprise seule ne peut fournir tous les éléments d'une solution efficace en matière de cybersécurité. Il existe un écosystème qui se développe en ce sens actuellement, que ce soit dans le domaine de la cybersécurité, mais aussi des différentes briques de l'industrie du futur. Et ça, c'est un aspect très positif. Hexagon ne peut pas développer seul toutes les technologies et ne peut pas acquérir toutes les entreprises qui l'intéressent, même si nous sommes très actifs dans ce domaine. Donc les partenariats constituent une troisième voie importante qu'il faut suivre.

Mesures. Si vous aviez une grande tendance technologique à relever dans le domaine de la mesure mécanique –hormis la part de plus en plus importante du logiciel– quelle serait-elle?

Norbert Hanke. La principale tendance que je constate est l'automatisation de plus en plus prégnante de la mesure, notamment l'automatisation de la mesure sur les lignes de production ou dans d'autres types d'environnements également. Aujourd'hui, il est courant d'associer un instrument de mesure à un bras robotisé pour effectuer des mesures directement sur les chaînes de production, ce qui n'était pas le cas il y a encore quelques années.

Mesures.Dans certains pays industrialisés, il y a un manque de jeunes dans les métiers liés à l'industrie. Pensez-vous que l'industrie du futur puisse en quelque sorte redorer le blason de l'industrie auprès des jeunes générations?

Norbert Hanke. Des études existent sur le sujet, études qui concluent que l'industrie du futur permettrait de combler, au moins en partie, le manque de personnel qualifié dans l'industrie. De notre côté, Hexagon Manufacturing Intelligence est de plus en plus impliqué dans des projets éducatifs dans le cadre d'universités ainsi que d'écoles davantage axées sur la technique, notamment depuis trois ans.Le but est de démontrer que l'on peut faire des choses passionnantes et s'épanouir dans l'industrie et pas uniquement dans la finance ou le commerce international.

Brian Shepherd. De mon côté, je reste optimiste sur ce point car je constate que les gens, et les jeunes en particulier, sont enthousiastes à l'idée de découvrir de nouvelles technologies, de nouveaux usages, etc., ça fait partie de l'ADN de l'être humain d'innover et de créer des choses. Mais il est clair que nous devons rendre les métiers industriels plus attractifs et plus faciles à appréhender, et je pense que les outils logiciels ont un rôle important à jouer pour faire revenir les jeunes dans les métiers de l'industrie. Et tout comme notre maison mère, chez MSC Software, nous avons établi divers partenariats avec des écoles de tout niveau pour sensibiliser les jeunes aux carrières technologiques.

Prochaine édition de HxGN Live : du 11 au 14 juin

Groupe suédois spécialisé dans la fourniture de technologies de l'information dédiées aux applications géospatiales et industrielles, Hexagon organise chaque année, à l'hôtel Venitian de Las Vegas, un grand événement baptisé HxGN Live, dont la prochaine édition aura lieu du 11 au 14 juin 2019. Réunissant ses clients et la presse du monde entier, mais aussi toute personne férue de technologies de l'information et de mesures mécaniques appliquées aux domaines ciblés par le groupe, soit au total quelques milliers de personnes tout de même, cet événement combine une exposition présentant les solutions tant matérielles que logicielles du groupe dans divers cas applicatifs, des conférences et tables rondes techniques sur des applications ou thématiques très concrètes, et des présentations «à l'américaine» au cours desquelles les dirigeants de la société –Ola Rollén en tête ( voir photo ), le président et CEO du groupe– exposent la stratégie de l'entreprise et, plus globalement, leur vision de l'avenir de l'industrie. Lors de l'édition 2018 de HxGN Live qui s'est tenue du 12 au 15 juin 2018, le patron du groupe y a notamment exposé sa vision des usines intelligentes pilotées par les données. Hexagon Manufacturing Intelligence, la filiale d'Hexagon spécialisée dans les outils de mesure mécanique et les solutions de production, tient bien évidemment une place importante dans l'événement.

Le HxGN Live est aussi en général le théâtre d'annonces produits du groupe. Ainsi, lors de l'édition 2018, Hexagon avait annoncé, entre autres, le lancement du Leica BLK3D, un instrument portable au format smart-phone permettant de faire des mesures 3D à partir de photos, du Leica RTC360, un scanner laser 3D intégrant une technologie d'edge computing pour faire un prétraitement sur site des données, ou bien encore de HxGN SMART Quality, un logiciel qui aide les fabricants à améliorer l'efficacité de leurs équipements, à évaluer la capabilité du process de fabrication et à gérer les documents et flux de travail.

Mesures.M.Shepherd,MSC Software est une acquisition récente d'Hexa-gon. Pouvez-vous nous présenter votre société dans les grandes lignes?

Brian Shepherd. MSC Software est spécialisé dans les logiciels de simulation des phénomènes physiques permettant d'étudier le comportement des matériaux, des performances des processus de fabrication industrielle, ainsi que des produits. Nos outils logiciels aident les ingénieurs de conception et de production à comprendre comment leurs produits ou leurs processus vont fonctionner dans la vraie vie. Comme la plupart des sociétés spécialisées dans les outils de simulation, nos plus gros marchés sont l'automobile et l'aéronautique, mais nous progressons également dans d'autres secteurs tels que les équipements lourds, l'électronique, ou même l'énergie, par exemple dans l'industrie du pétrole et du gaz.Nous sommes aussi très impliqués dans le domaine des jumeaux numériques des systèmes ou même des usines car quand nous mettons en place des modèles de simulation, nous nous basons essentiellement sur des jumeaux numériques. Mais il faut savoir ce que l'on entend par jumeaux numériques. Car certaines sociétés définissent les jumeaux numériques par des modèles de CAO. Mais ces modèles de CAO en eux-mêmes ne fournissent pas de connaissance sur les performances fonctionnelles d'un système; ce sont juste des représentations géométriques d'un produit, d'un système ou d'une usine.C'est davantage une photographie virtuelle qu'un véritable jumeau numérique qui lui, à mon sens, doit être une version virtuelle mais active d'une unité de production,par exemple,qui permet de simuler les performances qui seront effectives une fois que cette ligne de fabrication sera réellement mise en œuvre et opérationnelle.

Mesures. Le véhicule autonome ale vent en poupe actuellement. Quel rôle jouent vos outils de simulation dans ce domaine?

Brian Shepherd. L'un de nos outils logiciels permet de réaliser un test virtuel de conduite ( virtual test drive ) en simulant l'environnement qu'est susceptible de rencontrer un véhicule autonome, comme si nous simulions le monde réel pour voir comment réagirait ce type de véhicule dans un environnement donné bien réel. Sauf que là, tout est virtuel. Cela permet de s'affranchir de l'équivalent de millions de kilomètres de test réel de conduite, avec ce que cela suppose en termes de temps gagné. Le véhicule autonome est vraiment quelque chose qui tire notre activité automobile vers le haut actuellement, car quasiment tous les constructeurs automobiles du monde travaillent sur le sujet. Celui-ci n'est pas simple car, au-delà de l'aspect technologique, il existe des multiples contraintes liées aux aspects législatifs des États, aux politiques de la ville, des agglomérations, et aux responsabilités engagées, en particulier en termes d'assurance. Il y a un vraiment tout un écosystème impliqué dans le véhicule autonome qui apporte une saine émulation à l'industrie automobile. C'est passionnant.

Mesures. On le voit dans l'exemple que vous venez de citer,les possibilités offertes par la simulation sont impressionnantes, mais quelles en sont les limites?

Brian Shepherd. Il existe toutes sortes de limites à la simulation, notamment la difficulté à simuler et à comprendre les phénomènes physiques réels avec une grande fidélité. Mais nous avons l'avantage d'être dans le groupe Hexagon qui, justement, est spécialisé dans la mesure des paramètres physiques réels et notre force est de pouvoir, dans la même entité, dans le même groupe, interconnecter et combiner ces données physiques avec le monde de la simulation numérique dont MCS Software est un spécialiste. Et je pense que c'est cela qui nous différencie de la concurrence car c'est assez unique sur le marché.