Le Coffmet Va Délivrer Une Formation Reconnue En Mesure 3d

Le 01/12/2012 à 0:00  

Le Coffmet en bref

Quoi ? Proposer une formation labellisante en mesure 3D, suivant une méthodologie reconnue (Aukom).

Pour qui ? Tout utilisateur peut suivre des formations adaptées à son niveau (utilisateur, métrologue, métrologue expert).

Comment? Cours avec support adapté à chacun des trois niveaux, puis examen délivrant un certificat reconnu par la profession.

Qui? Le Coffmet est pour l'instant constitué de neuf membres: le Cetim, le Symop, et sept fabricants spécialisés en métrologie dimensionnelle (Carl Zeiss, Faro, Hexagon Metrology, Mitutoyo, Renishaw, Wenzel, Werth).

Où ? Les formations peuvent être dispensées dans tous les établissements associés au Coffmet (centres techniques, constructeurs, instituts de formation).

Pour quel prix ? 1750 € pour une formation de niveau 1.

Mesures. Lors du salon Enova en octobre dernier, le Coffmet était officiellement lancé devant un parterre d'industriels,suscitant parmi eux un intérêt certain. Comment l'idée de créer une telle association est-elle née?

Daniel Jullien. L'idée est née de plusieurs constats. Dans de multiples secteurs industriels, la métrologie tridimensionnelle est devenue une composante essentielle de la maîtrise du processus de fabrication. Mais à ce jour, et malgré tout ce qu'ils apportent, les moyens de mesure 3D ne sont pas utilisés de manière optimale dans l'industrie. L'une des raisons à cela réside dans le manque de qualification des opérateurs. En dispensant des formations adaptées, nous souhaitons nous assurer que le personnel amené à utiliser ces technologies disposera des compétences nécessaires et d'un certain nombre d'acquis. Il s'agit donc d'une réponse concrète à un besoin existant… Bien sûr, il existe déjà des formations àlamesure 3D, dispensées par des sociétés ou des organismes spécialisés. Mais derrière notre démarche, il y a aussi d'autres enjeux.A l'heure actuelle, les métiers de la métrologie 3D ne sont pas valorisés. L'opérateur n'a aucun moyen de mettre en relief ses acquis car il n'y a pas de reconnaissance “officielle” de son savoir-faire. Nous avons ainsi réfléchi à la manière dont les personnes qui sont dans notre métier pourraient mettre en avant leurs compétences et valoriser leur parcours professionnel. De même, les responsables d'entreprise n'ont aujourd'hui aucun repère pour connaître les compétences réelles des opérateurs qu'ils placent devant une MMT ou un laser tracker. Si les connaissances de leur personnel se voyaient reconnues par un label, ils pourraient aussi faire valoir ce gage de qualité auprès de leurs clients. Enfin il nous semblait important, à nous fabricants de moyens de mesure 3D, de faire en sorte que l'emploi de nos équipements soit facilité et optimisé.A l'heure où nous parlons de la compétitivité de nos industries, voilà une solution concrète que nous pouvons apporter… C'est dans cet esprit que le Coffmet a été créé. Une initiative similaire a été lancée en Allemagne il y a quelques années avec les formations Aukom, mais il n'y avait jusqu'à présent aucun équivalent en France.J'ai donc pensé que nous pourrions nous appuyer sur ce concept, en partenariat avec nos collègues allemands, pour redonner àlamesure 3D ses lettres de noblesse. Dans cette démarche, tout le monde est gagnant.

Pascal Sessa. Au sein du Cetim, cela fait déjà plusieurs années que nous dispensons des formations àlamétrologie tridimensionnelle. Nous avons donc une connaissance approfondie de ce métier, et des difficultés concrètes que les industriels peuvent rencontrer. Ces derniers disposent aujourd'hui de moyens de mesure 3D qui sont apparemment simples à utiliser. Avec une machine de mesure 3D ou un bras polyarticulé, tout le monde, ou presque, peut obtenir un résultat ! Mais celui-ci est-il cohérent ou pas ? Est-il valable ou pas ? Il faut être capable d'en juger.

Les formations que vont délivrer les organismes affiliés au Coffmet ne sont pas réservées aux utilisateurs de machines à mesurer tridimensionnelles (MMT). Elles concernent les industriels qui utilisent, ou souhaitent adopter, toute technologie de mesure 3D : laser trackers, systèmes de photogrammétrie, bras de mesure, etc.

Faro

Un industriel qui acquiert ce type de moyens doit prévoir un “investissement” humain pour que l'équipement soit utilisé de manière optimale .Les logiciels et machines sont aujourd'hui performants, mais la qualité finale du résultat reste fortement tributaire du niveau du métrologue qui les utilise et les programme. Derrière son apparente simplicité, la mesure 3D requiert en effet des compétences multiples dans différents domaines. Par ailleurs, nous avons aussi rencontré des industriels qui recherchaient des prestataires pour réaliser des mesures 3D, mais qui ne savaient pas lequel choisir. Sur quel critère un donneur d'ordre peut-il sélectionner un sous-traitant s'il n'existe aucun moyen d'évaluer la compétence de ce dernier? Ces demandes prouvent qu'il y avait un besoin concret, et nous avons souhaité y répondre en participant à la création du Coffmet. Il s'agissait pour nous de servir les entreprises mécaniciennes, comme nous le faisons déjà à travers d'autres actions collectives.

Mesures. En quoi la formation labellisée Coffmet sera-t-elle différente de celles qui étaient dispensées en métrologie 3D?

Daniel Jullien, directeur général de la filiale française d'Hexagon Metrology, est le président du Coffmet

DR

Jusqu'à présent, l'opérateur n'avait aucun moyen de valoriser ses compétences en mesure 3D, car il n'existait pas de reconnaissance “officielle” de son savoir-faire .

Pascal Sessa. Au niveau du contenu technique, il y a relativement peu de différences. Les industriels suivant une formation au Cetim, par exemple, peuvent déjà disposer de cours à la mesure 3D suivant une approche “théorique”, indépendante du logiciel utilisé. Nous insistons notamment sur la connaissance de la cotation ISO. La lecture de la spécification est en effet fondamentale pour définir le besoin du client, et déterminante pour le développement de la méthode de mesure à adopter. Dans l'approche labellisée par le Coffmet, il y a également une formation sur l'état de l'art… avec des notions de référentiels, de nombres de points à palper, de méthodes de calcul et de construction des surfaces, etc. Il y a toute une logique à acquérir. L'intérêt essentiel réside dans le fait que le Coffmet délivre un label reconnu assurant en quelque sorte la qualité de la formation dispensée. Quel que soit le centre (habilité par le Coffmet) dans lequel l'industriel suit sa formation, les cours dispensés sont les mêmes. De plus, chaque formation est validée par un examen indépendant de l'organisme formateur. Enfin nous avons construit un processus complet de formation à partir d'un modèle existant, qui a déjà fait ses preuves en Allemagne. Avec le label Coffmet, les cours sont dispensés suivant une méthodologie reconnue, par des enseignants qui ont eux-mêmes été formés dans le cadre du modèle Aukom.

(1) Cours personnalisé pour une technologie de capteur. (2) Connaissances de base.

Mesures.Comment se dérouleront concrètement les formations à la mesure 3D dans le cadre du Coffmet?

Daniel Jullien. L'association dispensera des formations complètes, adaptées à toutes les technologies de mesure 3D (machines à mesurer tridimensionnelles, bras polyarticulés, laser trackers, systèmes de photogrammétrie, etc.).Les cours s'adressent à tous les industriels utilisant, ou souhaitant adopter, ces technologies.Trois niveaux de formation leur sont proposés: “utilisateur” (niveau 1),“métrologue” (niveau 2) et“métrologue expert”(niveau 3). Chacune d'entre elles dure cinq jours. Elle est ensuite validée par un examen, avec l'obtention d'un certificat. Seul le niveau 1 ne nécessite pas forcément d'avoir assisté aux cours pour se présenter à l'examen. Le contenu de la formation est en effet disponible en ligne, et nous encourageons d'ailleurs les participants à en prendre connaissance avant d'assister à la formation. Les supports des cours, qui sont régulièrement remis à jour,sont dans tous les cas remis aux participants lors des formations. Précisons que celles-ci pourront être dispensées par tout organisme affilié au Coffmet (centres techniques, organismes de formation, fabricants, etc.), du moment que les “enseignants” ont été eux-mêmes formés parAukom.Le contenu de la formation et son coût sont bien sûr indépendants de l'organisme formateur.A l'heure actuelle, les futurs enseignants sont en train de suivre les cours dispensés par des formateursAukom.Une fois qu'ils seront opérationnels, la formation des utilisateurs pourra alors débuter.

Mesures. Une formation de cinq jours vous paraît-elle suffisante pour maîtriser les concepts de la métrologie 3D?

Pascal Sessa. Disons qu'il s'agit d'un minimum requis, qui va permettre à un utilisateur de débuter avec des bases solides. On peut considérer en effet qu'un utilisateur devient un expert de la mesure 3D après un minimum d'une année d'utilisation. Une fois qu'il aura suivi la formation Coffmet, l'utilisateur saura piloter la machine. Mais ce qui compte le plus, c'est que nous lui aurons fourni un certain nombre d'outils pour qu'il apprenne à se poser les bonnes questions, et apporter les bonnes réponses.

Mesures. N'avez-vous pas le sentiment de pointer du doigt les lacunes d'un système éducatif, ou de vous substituer quelque part à l'Education nationale?

Daniel Jullien. Ce n'est pas le but… Mais il est vrai qu'il existe un certain nombre de lacunes dans ce domaine, et en particulier un gros manque d'esprit pratique. De plus la formation à la mesure 3D est bien souvent noyée parmi de nombreux autres sujets d'étude.Avec le Coffmet, nous fournissons un cours théorique afin que les utilisateurs aient un certain nombre d'acquis de base. Il s'agit d'une formation appliquée à un métier.

Plusieurs fabricants sont à l'origine de la création du Coffmet. Ils souhaitent notamment valoriser le métier de la métrologie 3D, et faire en sorte que leurs équipements soient utilisés de manière correcte par des opérateurs disposant des compétences nécessaires.

Hexagon Metrology

Pascal Sessa. En lançant le Coffmet, nous avons proposé un concept de “formation labellisée en mesure 3D”. Mais nous ne sommes pas là pour dire que tel ou tel organisme ne remplit pas son rôle. Nous avons simplement constaté que dans les entreprises, il existe un réel besoin de formations aux technologies de mesure 3D. Dans l'éducation aussi, il y a une certaine prise de conscience. De nombreux travaux sont réalisés par exemple au sein des écoles (ENS, Ensam, Université de Bourgogne, Insa…). D'ailleurs le référent scientifique du Coffmet pour la France, Thierry Coorevits, est maître de conférences aux Arts et Métiers ParisTech de Lille et membre du comité scientifique du LNE. Il y a donc une synergie entre des acteurs de différents horizons.

Ce qu'ils en pensent

Franck Descours, directeur général de Schenck et président du groupe Mesure et Contrôle du Symop. Le Coffmet est né d'une action des fabricants spécialisés en métrologie dimensionnelle. Le Symop, de son côté, apporte sa contribution en matière de logistique, de communication, etc. Bien entendu, il soutient totalement cette initiative! Le Coffmet s'inscrit dans le droit fil de la démarche “Productivez!” initiée par le syndicat afin de promouvoir l'adoption de machines et technologies modernes de production, et permettre aux industries françaises d'accroître leur compétitivité. Il s'agit en effet d'augmenter le niveau de compétence des utilisateurs pour qu'ils soient de plus en plus compétitifs. Cette action aura des retombées positives pour tous. Elle contribue à défendre nos métiers et notre industrie.

Louis Gonzalez, directeur général de Renishaw France. Il s'agit d'une belle initiative. Avec le Coffmet, nous répondons à un réel besoin des industriels. Il ne faut pas croire que nous nous substituons à l'Education nationale, ou qu'il n'y a pas de compétences en mesure 3D au sein de nos industries. Simplement, l'industriel ne trouve pas forcément une personne compétente à l'instant précis où il en a besoin. Alors il demande à des opérateurs qui ne sont pas forcément spécialisés dans ce domaine d'utiliser la machine… Grâce au Coffmet, ce personnel, formé en une semaine, aura les compétences nécessaires pour la tâche précise qui lui est confiée. Il saura éviter les pièges de base, interpréter les dessins techniques, et comprendre l'utilisation de la machine. Le certificat sera reconnu par les constructeurs comme l'équivalent d'un diplôme. Il permettra aussi à l'opérateur de valoriser ses compétences.

Philippe Postec, directeur de Carl Zeiss SAS division Métrologie. Tout comme nos collègues, nous avons constaté un manque de connaissance de la mesure 3D parmi de nombreux participants à nos formations. Comparée à d'autres pays, et en particulier à l'Allemagne, la France souffre d'un déficit en machines à mesurer tridimensionnelles. A cause d'un manque de connaissances, les métrologues ne savent pas “vendre” la qualité en interne. C'est pour cette raison que nous avons participé à la mise en place du Coffmet. En élevant le niveau de connaissances des métrologues, cette formation va contribuer à développer le marché de la mesure 3D. L'objectif est d'augmenter la qualité de notre industrie et la rendre plus compétitive à l'international.

Antonio Mazzei, directeur de l'Institut méditerranéen de la qualité et vice-président du Collège français de métrologie. Nous soutenons tout à fait cette volonté de qualifier les opérateurs en mesure 3D qui prennent des décisions d'acceptation ou de refus de pièces, et se voient ainsi chargés de lourdes responsabilités sans forcément avoir les compétences requises pour cela. Par ailleurs, il est aussi important, pour un technicien, de faire-valoir ses compétences au sein de l'entreprise ou du laboratoire dans lequel il travaille, ainsi que dans le cadre d'une recherche d'emploi. Cette reconnaissance n'est valable aujourd'hui qu'auprès des fabricants. C'est un bon début, mais il faudrait qu'à terme, une sorte de “certificat de qualification professionnelle” dans la mesure 3D soit enfin mis en place en France (comme c'est déjà le cas pour la Cofrend). Il est anormal qu'aucune formation en métrologie ne dispose à ce jour d'une reconnaissance qualifiante! De notre côté, nous avons intégré le groupe de travail du Symop en qualité de représentant du CFM pour la “francisation” du label allemand Aukom. La volonté de l'IMQ, quant à elle, est de devenir un centre qualifié pour dispenser les formations Coffmet en région PACA. C'est donc avec intérêt et enthousiasme que nous souhaiterions apporter notre contribution à la réussite de ce projet.

Mesures. Vous êtes-vous fixé une limite dans le nombre d'organismes qualifiés pour dispenser des formations labellisées Coffmet?

Daniel Jullien. Le Coffmet est actuellement constitué du Cetim, du Symop et d'un “noyau dur” comprenant sept fabricants spécialisés dans la métrologie dimensionnelle (Carl Zeiss, Faro, Hexagon Metrology, Mitutoyo, Renishaw,Wenzel etWerth). Pour l'instant, seuls ces établissements sont habilités à offrir des cours Coffmet. Mais la liste est destinée à s'allonger! Pour que l'on obtienne la reconnaissance la plus large possible, il faut que d'autres organismes se joignent à nous. La seule limitation, s'il faut en voir une, vient simplement du fait que notre marché n'est pas extensible…

Pascal Sessa. Effectivement, le Coffmet se veut ouvert à tous. Nous avons simplement voulu apporter l'idée qu'il est nécessaire d'avoir une certaine compétence pour utiliser les technologies de mesure 3D, et donc de suivre une formation de base pour utiliser les équipements de façon correcte. Chacun y trouvera son intérêt! Et certains l'ont compris… Nous avons d'ores et déjà reçu plusieurs demandes pour intégrer le Coffmet. En parallèle, nous avons aussi contacté des industriels, en particulier dans l'automobile, et l'accueil que nous avons reçu a été positif. Je pense qu'il est absolument nécessaire qu'ils participent eux aussi au Coffmet, car il faut que les formations évoluent en fonction des besoins réels des utilisateurs. Et c'est en étant dans l'organisation qu'ils pourront faire évoluer cet “outil”.

Pascal Sessa est responsable du pôle métrologie au Cetim

DR

Derrière son apparente simplicité, la mesure 3D requiert des compétences multiples dans différents domaines.

Mesures.L'objectif à terme est-il d'obtenir un personnel certifié en mesure 3D, à l'image de ce que fait la Cofrend dans le domaine du contrôle non destructif?

Pascal Sessa. L'approche est différente. Nous apportons une structure “officielle” aux formations en métrologie 3D, mais il ne s'agit pas d'un cadre obligatoire. Dans la mesure 3D, il n'existe aucun texte réglementaire imposant une qualification pour l'utilisateur qui réalise un contrôle. C'est pourquoi nous parlons de labellisation, et non de qualification ou de certification. D'ailleurs les industriels ne sont pas forcément demandeurs pour ce type de réglementation… Mais peut-être y viendrons-nous à l'avenir, lorsque les avantages d'une telle démarche seront reconnus.

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