« En harmonisant sa structu re, l'ISO/CEI 17025:2015 sera plus claire et plus flexib le pour sa mise en œuvre »

Le 11/09/2017 à 15:00  

Mesures. Beaucoup d'industriels, qu'ils soient des laboratoires d'éta-lonnage et d'essais ou qu'ils fassent appel à ces derniers pour réaliser des prestations, connaissent de près ou de loin la norme ISO/CEI 17025. Pouvez-vous d'abord rappeler en quoi consiste cette norme ?

Olivier Pierson. Cela est d'autant plus judicieux de faire ce rappel que le champ d'applications de l'ISO/ CEI 17025 est extrêmement vaste. Il s'agit en effet de la norme qui définit les exigences de compétences pour les laboratoires réalisant des essais et des étalonnages, des essais dans tous les domaines possibles, y compris ceux que l'on n'a pas encore imaginés. Dès lors que l'on cherche une information valide, au-delà de ce que peuvent percevoir nos sens et dès lors qu'une entité que l'on appelle « laboratoire » met en œuvre une expérimentation – ce ne sont pas uniquement des mesures, il peut parfois s'agir d'observations – pour avoir plus d'informations sur un objet, un corps, un échantillon, la caractéristique d'une matrice, la norme est applicable. Cette entité peut revêtir toutes sortes de réalités : cela peut être un laboratoire d'entreprise, intégré dans un process industriel pour réaliser des contrôles, des mesures physiques, un laboratoire de recherche, un laboratoire de prestations d'étalonnage, un laboratoire national de métrologie, un laboratoire d'analyses des eaux. Sur le principe, cela peut aller extrêmement loin. A fortiori, bien sûr, les laboratoires prestataires d'essais, d'étalonnage et d'analyse, le cœur de cible réglementaire et historique, et typiquement les laboratoires accrédités. Ces derniers doivent respecter les prescriptions de la norme ISO/CEI 17025, prescriptions sur lesquelles ils sont évalués. En France, on dénombre environ 2 000 laboratoires accrédités et de l'ordre de 45 000 dans le monde.

Mesures. Cela veut-il dire que, du fait de la multitude des parties prenantes, vouloir faire évoluer la norme peut s'avérer très compliqué ?

Olivier Pierson. Oui, et c'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles, lors de la dernière consultation dans les années 2010, il avait été décidé de ne as modifier la norme qui commençait dater malgré tout. Même si des oncepts, tels que les fondements scien-ifiques ou le GUM (Guide pour l'ex-ression de l'incertitude de mesure, DLR), n'ont pas ou peu évolué ces dix ernières années, la technologie évolue, es normes de référence évoluent, omme l'ISO 9001 en 2008 et 2015 otamment. Il nous restait en fait à sa-oir si l'on allait s'appuyer dessus, ou on, pour la révision de l'ISO/ EI 17025. Il existe quand même des ncontournables qui permettent d'avoir n consensus entre toutes les parties renantes.

Mesures. Avant d'entrer dans le détail de la révision 2015 de l'ISO/ CEI 17025, quelles ont été les grandes dates de la norme depuis sa première publication ?

Olivier Pierson. Avant la première version de la norme, il faut remonter à l'année 1978, date à laquelle a été créé le guide ISO 25, un document de quatre pages intitulé « Directives permettant d'évaluer la compétence technique des laboratoires d'essais ». À l'époque, l'accréditation des laboratoires d'étalonnage existait déjà, mais s'appuyait plutôt sur des bases techniques – des points qu'on devait prendre en compte pour réaliser de bons essais –, des évaluations par des pairs, en général des membres des instituts nationaux de métrologie. Cela pouvait se traduire par des audits sur site, mais nous n'étions pas encore dans un formalisme « qualité » à proprement parler. Le guide ISO 25 a été révisé en 1982 (version 2), en 1988 (version 3), puis la norme ISO/ CEI 17025 est sortie en 1999. Mais pourquoi avoir changé de nom ? Comme la série des normes NF EN ISO/CEI 17000 est, par construction au niveau de l'ISO, celle dédiée à l'accréditation, il s'agissait de régulariser une situation de nomenclature, d'être dans les bonnes pratiques de l'accréditation. Cela veut dire que la première norme ISO/CEI 17025 était vraiment exclusivement ciblée sur l'accréditation… ce qui n'empêchait pas qu'elle pouvait être utilisée par d'autres acteurs. Ajoutons aussi qu'en 1989 est apparue la norme européenne NF EN 45001, une sorte d'avatar du guide ISO 25 plutôt orienté à des fins d'accréditation dans le contexte européen. À l'époque, les Européens ont estimé qu'il y avait besoin de rajouter un certain nombre d'éléments sur des critères plus explicitement liés à l'accréditation, par exemple l'impartialité. Au lieu de faire réviser le guide ISO 25 dans ce sens – le contexte ne devait pas être favorable –, les Européens ont préféré créer une nouvelle norme, la NF EN 45001. C'est ainsi que, pendant dix ans, de 1989 à 1999, deux normes ont coexisté et s'appliquaient aussi bien aux laboratoires d'étalonnage que d'essais. En France, historiquement, le guide ISO 25 s'appliquait aux laboratoires d'étalonnage et la NF EN 45001, aux laboratoires d'essais. L'ISO/CEI 17025 est donc venu, en 1999, mettre tout le monde d'accord.

À l'origine, la révision de l'ISO/CEI 17025 était souhaitée par les accréditeurs, mais pas par les laboratoires. ” Pascal Launey du LNE

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