La robotisation devrait réduire les coûts de la main-d'œuvre de 16%

Le 01/03/2015 à 14:00  

L'essentiel

P D'ici à 2025, l'adoption des robots devrait réduire les coûts de main-d'œuvre dans le monde de 16%, selon le Boston Consulting Group (BCG).

P « Les pays les plus avancés en la matière sont la Corée du Sud, la Chine, les Etats-Unis, le Japon et l'Allemagne» , rappelle le BCG, alors que la France fait partie des «pays à la traîne».

P Mais la France affirme sa volonté de faire de la robotique un levier de croissance et des initiatives se multiplient en ce sens.

A l'heure où l'industrie 4.0 –ou la smart industrie, selon l'appellation que les uns et les autres lui donnent– convainc de plus en plus d'industriels, y compris en France ( voir Mesures n°872 paru en février 2015 ), l'utilisation de robots industriels avancés est proche du décollage,selon une récente étude du Boston Consulting Group (BCG). Un développement de la robotique qui devrait permettre une amélioration de la productivité dans de nombreux secteurs, conduisant à accroître jusqu'à 5 points de pourcentage la compétitivité des pays impliqués dans l'exportation de biens industriels, selon le BCG. L'étude prévoit que l'investissement dans les robots industriels va s'accélérer considérablement au cours de la prochaine décennie, et croître de 10 % par an, contre 2 % à 3% actuelle-ment.En conséquence, le coût de la main-d'œuvre pourrait être en moyenne inférieur de 16% à ce qu'il est aujourd'hui dans les 25 pays les plus exportateurs. Selon les industries et les pays, la valeur produite par opérateur pourrait augmenter de 10 % à 30% en plus des gains de productivité provenant d'autres mesures mises en place pour améliorer les procédés de fabrication. Les gains les plus importants se produiront dans les pays qui seront à la pointe du déploiement de robots industriels, comme la Corée du Sud, la Chine, les Etats-Unis, le Japon et l'Allemagne. Les coûts de la main-d'œuvre en 2025, après ajustement des chiffres de l'inflation normale et application d'autres mesures d'amélioration de la productivité, devraient être de 18% à 33% inférieurs dans ces économies où les robots seront utilisés à grande échelle. En Chine, l'un des plus grands marchés au monde pour les robots, un plus grand recours à l'automatisation pourrait compenser une part significative de la perte de compétitivité qui devrait résulter de la hausse rapide des salaires et des défis croissants de recrutement.

Les PME ont bien compris l'intérêt de faire le pari de la robotique, car si elles ne s'automatisent pas, beaucoup d'entreprises risquent la faillite. ” Jean-Hugues Ripoteau, président de Fanuc Robotics France

La France est à la traîne

Les économies où les investissements en robotique sont à la traîne et où la faible croissance de la productivité est déjà un problème, sont susceptibles de voir leur compétitivité en matière de fabrication se détériorer davantage au cours de la prochaine décennie, ajoute l'étude du BCG qui cite nommément dans la liste de ces pays « à la traîne », la France, l'Italie, la Belgique et le Brésil. « Pour de nombreux fabricants, les principales raisons de ne pas remplacer les opérateurs par des robots sont d'ordre économique et sont liées à des limitations techniques », a déclaré Michael Zinser, un partenaire du BCG spécialisé dans la production.

La combinaison de l'amélioration des prix et des performances des systèmes robotiques devrait grandement s'accélérer et rendre le coût des robots plus rentable que le coût du travail de la main-d'œuvre dans de nombreuses industries, rappelle le BCG. Les progrès des capteurs de vision, des systèmes de préhension, et des technologies de l'information sont le moteur de cette amélioration de prix et de performances.

ABB

Dans un certain nombre d'économies à coût du travail élevé qui n'ont pas beaucoup recours à la robotique, le frein principal est la réglementation du travail rigide qui fait qu'il est plus difficile de remplacer les travailleurs par des postes robotisés. De plus, « plusieurs de ces pays tels que la Belgique, la France, l'Italie et le Brésil, ont déjà vu leur compétitivité s'éroder au cours de la dernière décennie par rapport aux autres économies en raison de la hausse des coûts et d'une faible croissance de la productivité» , rappelle le BCG.

Bien que les robots industriels aient déjà été utilisés dans les usines depuis des décennies, ils accomplissent à ce jour seulement 10% des tâches de fabrication pouvant être accomplies par des machines. En 2025, le BCG estime que « la partie des « tâches automatisables » effectuée par des robots pourrait passer à près de 25 % au niveau mondial, toutes industries manufacturières confondues » .

Une convergence de facteurs est susceptible d'alimenter le décollage de la robotique dans de nombreuses industries à court terme.Tout d'abord, leur coût est en baisse. Par exemple, le coût total de possession et d'exploitation d'un environnement robotique de soudage a plongé de 27 % en près de 10 ans, passant en moyenne de 182 000 dollars en 2005 à 133 000 dollars en 2014 et leur prix devrait encore chuter de 22 % d'ici 2025, selon l'étude. Dans le même temps, les performances des systèmes robotiques (notamment leur vitesse et leur flexibilité, entre autres) sont susceptibles de continuer à s'améliorer d'environ 5 % chaque année. La combinaison de l'amélioration des prix et des performances devrait grandement s'accélérer dans le temps et rendre le coût des robots plus rentable que le coût du travail de la main-d'œuvre dans de nombreuses industries. Les progrès de capteurs de vision, des systèmes de préhension, et des technologies de l'information sont le moteur de cette amélioration de prix et de performances.

La robotique, créatrice d'emplois ?

« Les fabricants devraient commencer à se préparer partout à la robotique, a affirmé Harold L. Sirkin, consultant au BCG, et à proposer des formations pour leur personnel de leur maind'œuvre afin qu'ils acquièrent des compétences nouvelles. La révolution de la robotique à venir pourrait remodeler sensiblement le paysage mondial de la fabrication», indique-t-il.

Comme le précise l'étude de BCG, le recours à la robotique dans l'industrie fait naturellement craindre un déficit d'emplois pour l'ensemble du secteur industriel, les tâches humaines étant remplacées par le travail de machines. Un argument qui ne tient pas pour certains, à l'image de Jean-Hugues Ripoteau, président de Fanuc Robotics France, filiale du groupe japonais Fanuc Robotics, leader mondial de la robotique industrielle. Dans une tribune publiée fin 2012 dans la revue ElectroniqueS ( voir Electroniques n° 33, paru en décembre 2012 ) et intitulée « La robotisation ne tue pas l'emploi, bien au contraire », Jean-Hugues Ripoteau prend l'exemple du Japon, de la Corée du sud et de l'Allemagne, pour soutenir l'idée que « ce sont justement les pays les plus “robotisés” qui présentent le taux de chômage le plus faible.» Et le président de Fanuc Robotics France d'argumenter: « Grâce aux robots, une entreprise est capable d'assurer une production 24 heures sur 24, avec zéro défaut et aucun rebut. Le tout enclenche un véritable cercle vertueux de croissance qui amène les entreprises à embaucher pour suivre la cadence.» Pour appuyer ses dires, Jean-Hugues Ripoteau cite l'exemple de PME qui ont « bien compris l'intérêt de faire le pari de la robotique » , d'autant que « leur retour sur investissement s'avère rapide.» « Si elles ne s'automatisent pas, beaucoup d'entreprises risquent la faillite », conclut-il.

Compte tenu d'un investissement dans les robots industriels qui va s'accélérer considérablement au cours de la prochaine décennie, le coût de la main-d'œuvre en 2025 pourrait être en moyenne inférieur de 16 % à ce qu'il est aujourd'hui dans les 25 pays les plus exportateurs. En France, cette réduction ne sera que de 9 %, selon le BCG.

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