Les Smartphones Gagnent L'industrie

Le 01/02/2013 à 14:00  

L'essentiel

Les smartphones se retrouvent donc dans le milieu professionnel, et créent une demande de mobilité, à laquelle des fournisseurs industriels commencent à répondre.

Les services web sont accessibles depuis n'importe quelle connexion Internet avec un navigateur web.

Ils constituent donc un moyen simple d'intégrer les smartphones au réseau de l'entreprise.

Mais ils ne sont pas toujours adaptés à ce format particulier.

Certains fabricants choisissent de développer des applications adaptées spécifiquement à des systèmes d'exploitation mobiles. Celles-ci constituent le moyen d'exploiter au mieux les performances des smartphones.

Mais le développement est plus complexe, et il n'y a pas de compatibilité d'une plate-forme à l'autre.

L'usage des smartphones est aujourd'hui largement répandu. À tout moment, et depuis n'importe quel endroit de la planète, sous réserve de disposer d'une connexion,les possesseurs de ces véritables ordinateurs de poche ont accès au réseau mondial. Naturellement, cet outil a conquis le milieu professionnel. Bien qu'il ne soit pas à l'origine un terminal destiné à l'industrie, il y a désormais sa place également.Qu'il existe ou pas des “applications” spécifiques, les smartphones commencent à conquérir de nouveaux usages. Et ce principalement à la demande des utilisateurs qui, habitués à cette nouvelle mobilité, cherchent à en tirer profit au maximum. Car l'information immédiatement accessible réduit les temps de réaction et d'intervention,permet de faciliter la surveillance, voire lacom-mande de machines,et réduit finalement les coûts d'entretien.

Seulement, la prise en compte du smart-phone comme outil professionnel dans l'industrie n'en est qu'à ses débuts. Est-ce un simple gadget, ou a-t-il une utilité véritable? Plusieurs approches sont possibles. Le smartphone peut être considéré simplement comme un terminal de plus parmi les outils communicants, qui étend le réseau jusque dans la poche et se dégaine plus rapidement qu'un ordinateur portable. Mais on peut également le voir comme un produit réellement spécifique, dont on exploite les capacités tout en prenant en compte les limitations, grâce à des applications développées pour ce supportparticu-lier.Celles-ci commencent à apparaître dans le secteur industriel.

Services web

L'utilisation des smartphones la plus courante aujourd'hui dans l'industrie ne passe pas par des applications dédiées. Elle exploite les services web, qui ne sont pas spécifiques à un terminal particulier: on y accède avec un simple navigateur. Ce cas de figure implique qu'une technologie soit embarquée dans les installations industrielles elles-mêmes afin de les connecter au réseau de l'entreprise.Ainsi, une connexion à Internet suffit à accéder à certaines données, que ce soit avec un ordinateur classique ou un smartphone, de l'intérieur de l'entreprise ou depuis l'autre bout du monde.

Les smartphones en milieu hostile

Les smartphones sont à l'origine des outils grand public. Ces outils personnels se sont petit à petit introduits dans les réseaux d'entreprise. Mais leur usage professionnel peut être limité par leur solidité: ils ne sont pas adaptés aux environnements difficiles. Pour limiter les risques de casse, il existe des coques adaptées aux appareils classiques pour les protéger contre les chutes. Pour les cas les plus extrêmes, il existe des mobiles durcis, conformes au standard militaire le plus élevé, MIL-STD-810G, destinés à résister à des chutes de 2 mètres. Ils sont également étanches, selon la norme IP67, et équipés d'écrans antirayures.

C'est le mode de fonctionnement pour lequel a opté l'entreprise Enerdis, spécialisée dans les compteurs divisionnaires. « Des plus en plus de clients souhaitent pouvoir suivre leurs consommations à distance, pour s'assurer par exemple de la performance énergétique des bâtiments », témoigne Nicolas Bardet, chef de produits centrales de mesure et comptage. « Nous fournissons donc des modules communicants que nos clients peuvent installer à proximité d'un compteur, avec lequel il va communiquer par infrarouge.» Ce module, nommé Ulyscom Ethernet, est doté d'une adresse IP et d'une page web embarquée.

Cette page, accessible avec un navigateur web, contient les relevés de consommations, effectués à intervalles réguliers, selon les besoins: toutes les 10 minutes, toutes les heures ou plus. Elle contient également un index partiel, qu'il est possible de remettre à zéro depuis le navigateur, et des informations liées au courant, à la tension ou à la fréquence. «Avec ces données, l'utilisateur sait quand l'électricité a été consommée.C'est une solution intéressante pour les petits sites », estime Nicolas Bardet. Ces données de consommation, associées aux dates, peuvent être importées sur le smartphone.

Le smartphone permet aujourd'hui d'accéder instantanément à des services simples, comme la relève de mesures. Inutile de se déplacer, ou d'avoir un ordinateur à disposition : le terminal mobile va chercher l'information hébergée dans la machine.

National Instruments

« S'il y a beaucoup de données à traiter, cela peut être pris en charge par notre logiciel de supervision énergétique E-online », continue Nicolas Bardet. « Celui-ci peut envoyer des alertes ou des bilans,par mail ou par SMS.» C'est au client de définir les conditions de déclenchement des alarmes, la fréquence des rapports, les données à y inclure, et les personnes à qui les adresser. Ainsi, les différents acteurs de la production équipés de smartphones sont automatiquement informés de l'état de la production, en fonction de leur rôle, et sans avoir à faire la démarche de se connecter à une interface spécifique. Mais le logiciel lui-même est accessible via un navigateur web si la personne concernée souhaite obtenir plus de détails, ou intervenir sur certains paramètres. Ce mode d'accès est partagé par la plupart des logiciels de supervision et des MES. D'autres types de logiciels proposent un accès smartphone,commeYachtcontrol,spécialisé dans la navigation marine. Par l'intermédiaire de son réseau, l'ordinateur sur lequel fonctionne le logiciel permet de surveiller et contrôler les équipements électriques embarqués deVictron.

Avec ce système de client web, proposé par de nombreux fabricants de matériel, les utilisateurs sont assurés de pouvoir accéder à leurs données indépendamment du terminal utilisé, sans coût supplémentaire, sans limitation du service et sans avoir de programmes spécifiques à installer, ni à se soucier de la mémoire disponible. «Aujourd'hui, la problématique est multiterminaux. La majorité des responsables de services sont équipés d'un smartphone : c'est une solution complémentaire à l'ordinateur,qui permet de gagner du temps. Cela devrait créer de nouveaux usages et de nouveaux besoins » , prédit Nicolas Bardet (Enerdis).

Les répéteurs Profibus ont également droit à leur serveur web embarqué. La plate-forme Combricks, de Procentec, propose ce service à travers des modules aux fonctions diverses, comme celle d'oscilloscope.La pièce centrale de cette famille de produits est l'analyseur, outil de diagnostic du réseau. « Les utilisateurs peuvent accéder au serveur web pour obtenir les statistiques de défaut ou d'erreur du réseau,et effectuer un suivi en temps réel », décrit Fabien Hantzer, chargé de mission process chez Agilicom, qui distribue ces produits. Des éléments graphiques, diagrammes ou oscillogrammes, sont ainsi accessibles sans installation d'un logiciel, par un navigateur web ordinaire. L'envoi d'alertes par e-mail peut être paramétré en fonction par exemple de la répétition d'erreurs. Une fonction utile pour le personnel d'astreinte.

Les services web peuvent afficher des diagrammes pour simplifier la consultation des données.

National Instruments

La solution M2Web d'Ewon, lancée en septembre, repose sur le même principe: accéder à une machine par un navigateur web. Ce nouveau service découle de l'offre Talk2M, qui existe depuis cinq ans et s'adresse aux fabricants de machines. Elle leur permet d'accéder par une connexion web à certaines données concernant des machines installées chez leurs clients, via l'interface de programmation (API). Équipées d'un routeur, ces machines sont connectées aux serveurs d'Ewon, par l'intermédiaire du réseau de l'usine, ou par 3G. Les automaticiens ou ingénieurs de maintenance peuvent ainsi faire de la télémaintenance et économiser leurs déplacements. Le déploie-ment pose peu de problèmes: « Nos routeurs sont compatibles avec la plupart des API du marché, et le réseau est aujourd'hui installé dans presque tous les ateliers » , précise Serge Bassem, directeur d'Ewon.

Les fabricants utilisant ce service peuvent dorénavant proposer aux utilisateurs de leurs machines d'accéder à distance à des données liées à la production. « Nos clients nous ont fait part de ce besoin : les opérateurs souhaitaient avoir un accès web pour surveiller le fonctionnement de leurs machines » , rapporte Serge Bassem.Ainsi, lorsqu'une machine est connectée à l'application Talk2M, ses utilisateurs peuvent s'y connecter et accéder à une interface qui leur est dédiée. « Le fabricant de la machine détermine les données auxquelles son client a accès. Il est possible d'autoriser la modification de certains paramètres, par exemple régler une température ou un débit,voire éteindre la machine.» Auparavant, cela nécessitait de se trouver à côté de la machine, ou de se connecter depuis un PC à l'aide d'un logiciel dédié.

Smartphone ou tablette ?

Les tablettes durcies, adaptées aux usages industriels, restent très proches des PC portables. Elles utilisent souvent les mêmes logiciels, car elles fonctionnent majoritairement sous des systèmes d'exploitation Microsoft Windows. Elles sont donc adaptées à la navigation web, et peuvent concurrencer les smartphones, notamment lorsque les interfaces ne sont pas spécifiquement conçues pour les petits écrans des téléphones. En revanche, les applications développées spécifiquement pour smartphones et tablettes le sont généralement pour les systèmes d'exploitation que l'on trouve sur les appareils grand public, en particulier Mac et Android. Mais des tablettes durcies utilisant le système Android commencent à apparaître. Ainsi, smartphones et tablettes peuvent donner accès à des fonctions similaires.

Surveillance de machines

Pour les fabricants de machines, une offre similaire est proposée par Schneider : OptiM2M. « L'objectif est de surveiller une flotte de machines » , explique HervéAgnès, responsable de l'offre de services pour l'industrie. Les machines ciblées sont celles qui ne disposent pas d'un réseau filaire. Elles sont équipées d'un modem GPRS, dont la connexion est payante, grâce auxquelles elles peuvent transmettre des données relatives à la production. Celles-ci sont hébergées sur des serveurs extérieurs à l'entreprise, sur lesquels l'utilisateur vient s'identifier. Il accède alors à un tableau de bord qu'il a construit lui-même, selon les données auxquelles il souhaite avoir accès. Des informations non-critiques, comme certaines températures, peuvent être modifiées par cet intermédiaire. Cela permet aux fabricants de garder un œil sur leurs machines installées à travers le monde. Là encore, tout se passe avec un navigateur web. Ce mode de fonctionnement par cloud com-puting se retrouve chez HMS, avec son offre Netbiter Argos. Sur le terrain, les équipements comme les générateurs électriques ou les éoliennes sont équipés d'un système communiquant. Les données qu'il envoie et reçoit sont archivées sur un serveur, auquel on accède avec un navigateur web pour gérer ces équipements à distance.

Il est désormais possible de surveiller une flotte de machine à travers le monde depuis n'importe quel lieu disposant d'une connexion Internet.

Schneider Electric

« La mobilité a un intérêt évident, estime Hervé Agnès (Schneider). Cela permet de réagir plus rapidement.» Bien qu'il soit possible d'accéder à cette offre via un smartphone, celle-ci n'est pas encore adaptée à la taille de l'écran. C'est là une limite de ces nouvelles offres: le smartphone est une option possible, mais pour laquelle il n'y a pas toujours un développement spécifique. Avec Combricks, « pour PC fixe ou portable, tablette, ou smartphone, l'interface est unique » , précise Fabien Hantzer (Agilicom). Le confort et l'ergonomie sont donc différents sur un petit écran. « Avec M2Web, nous avons prévu un portail d'accueil adapté aux mobiles », explique Serge Bassem (Ewon). « L'utilisateur y choisit la machine à laquelle il veut se connecter. Mais l'interface de la machine elle-même, embarquée dans le routeur ou le serveur de l'API,est faite par le constructeur.C'est à lui de choisir de prendre en compte le format des smartphones.» Mais les fabricants sont en général attentifs aux demandes des clients. Cette question pourrait donc être prise compte à l'avenir. « Nos modules communicants ont été lancés en 2011, rappelle Nicolas Bardet (Enerdis). Nous avons encore peu de retours sur les usages qu'en font les utilisateurs, mais cela nous intéresse pour faire évoluer le produit.» Dans certains cas, l'utilisateur créé ses pages luimême. C'est ce que propose Panasonic avec son logiciel FPWeb-Designer. Les pages sont utilisées par le module FP Web-Server, qui permet l'accès aux données des automates. Mais certains développeurs proposent des applications spécifiques à installer sur les smartphones. C'est le cas d'Advantech, avec le logiciel gratuit WebAcces Express. Cette offre est en lien avec les modules d'entrées et sorties Adam. À partir de la liste des modules installés sur leur site, les clients génèrent une application qu'ils hébergent sur un serveur ou un PC raccordé au réseau. Celle-ci lui permet d'avoir accès à des données de production via un client web. Mais l'application WebAccess Mobile est destinée aux produits mobiles d'Apple, comme l'iPhone. « Cet outil d'aide à la maintenance est ergonomique, s'affiche en plein écran, avec des boutons bien positionnés », précise Stéphane Blanc, chef produits contrôleurs entrées/sorties chez Advantech. Cette version gratuite ne prend en charge que 75 variables, et ses possibilités de mise en page sont limitées: c'est un outil plutôt destiné aux entreprises de petites tailles. Mais l'application smartphone permet également l'accès à la version payante,WebAccess: un véritable superviseur dont il est possible de configurer graphiquement l'interface.

National Instruments s'est également lancé dans les applications mobiles pour Apple et Android. L'entreprise a développé “Data display”, application dédiée à la mesure. Avec ces systèmes de “face avant à distance”, le smartphone (ou la tablette) de l'utilisateur est connecté par Wi-Fi à un boîtier qui lui communique des mesures, dont il peut contrôler des paramètres, comme la vitesse d'acquisition.Associé au boîtier de mesure, le rôle du téléphone s'apparente à celui de l'interface utilisateur d'un oscilloscope virtuel sans fil. Il permet en effet de visualiser les signaux (comme sur un écran d'oscilloscope) et de modifier les paramètres de leur acquisition (comme avec les boutons de réglage d'un oscilloscope). Pour l'instant, les boîtiers utilisables avec Data display permettent de couvrir les besoins en matière de mesure de tension, de température et de déformation. D'autres types de mesure suivront bientôt. Quant à l'application Data dashboard, elle consiste en une face avant graphiquement personnalisable pour la surveillance et le contrôle à distance de procédés industriels: « Il est possible d'associer un élément graphique, comme une Led, un interrupteur ou un graphe historique, à une fonction », précise Emmanuel Roset, ingénieur marketing de la société.

Actuellement, les interfaces des services web sont les mêmes pour un smartphone que pour un PC. Cela représente une contrainte en terme d'ergonomie.

HMS

Les capteurs communicantsArc HX d'Hamilton sont équipés d'une interface Bluetooth, grâce à laquelle un smartphone peut s'y connecter. L'application “HDM Mobile” permet alors d'accéder aux mesures effectuées, de pH ou de conductivité par exemple. Le serviceArc Online autorise en plus l'accès par Internet à des valeurs mesurées.

Dans le domaine du test électronique,Agilent propose diverses applications pour Smartphone relatives à sa gamme d'instruments (milliwattmètre/sonde de puissance, alimentations…).Grâce à un adaptateur spécifique, les multimètres numériques de terrain de la gamme U12x0 peuvent communiquer avec un terminalAndroid (tablette ou smartphone) équipé d'un logiciel approprié. Le logiciel d'application Android gratuit Agilent Mobile Logger enregistre les données et délivre les graphiques de tendances à partir de ces multimètres. Il est également doté des fonctions telles que l'envoi automatique d'e-mails ou de SMS, ainsi que des capacités de zoomer sur des zones particulières des graphes de tendance depuis l'écran tactile du terminalAndroid.L'autre application gratuite sous Adroid, Agilent Mobile Meter, permet de relever jusqu'à 3 mesures prises par un multimètre sur un terminal mobile via une interface graphique appropriée.

Sécuriser les connexions

Donner accès à distance à des informations sur les machines de production, voire à certaines commandes nécessite de mettre en place des connexions sécurisées. La plupart du temps, cette partie du problème est entre les mains du responsable du réseau de l'entreprise. Lorsque les machines doivent communiquer avec l'extérieur, la solution la plus sûre est de mettre en place un réseau privé virtuel (VPN). Pour autant, elle n'est pas forcément nécessaire si certaines applications ne sont pas critiques.

Les applications elles-mêmes proposent en général une sécurisation par le protocole https lorsque l'utilisateur doit s'enregistrer. Enfin, l'administrateur des applications peut créer différents profils d'utilisateurs pour définir à quelles données chacun doit avoir accès.

Et face à l'augmentation du nombre de smartphones connectés aux réseaux des entreprises, Fluke Networks a lancé en août l'application AirMapper pour en assurer l'intégration. Celle-ci sert à visualiser les performances réelles du réseau sans fil grâce à une carte thermique, et ainsi de l'optimiser. Les entreprises qui en ont les compétences peuvent développer leurs propres applications, grâce aux kits de développement spécifiques aux différentes plate-formes mobiles. National Instruments a mis en place une communauté pour les développeurs (ni. com/mobile), sur laquelle ils peuvent collaborer, partager des idées ou des exemples de code. Mais l'inconvénient principal des applications mobiles est qu'elles ne sont pas transposables automatiquement d'une plateforme à l'autre: rendre un programme écrit pour Android compatible avec un système d'exploitation Mac nécessite de le redévelopper. De plus, le déploiement auprès des utilisateurs peut être contraignant. S'il est possible de partager librement dans son entreprise une application sous Android, faire la même chose avecApple implique de payer une licence. Pour des fonctions simples, l'utilisation de services web peut donc avoir un avantage sur les applications dédiées,lesquelles,par contre, donnent accès à des usages plus complexes et mieux adaptés au format des smartphones.

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