Leserviceetlamaintenance nesontpasencore assezbienconsidérés

Le 01/01/2015 à 14:00  

L'essentiel

Les prestations de métrologie et la maintenance ne sont pas prioritaires pour les utilisateurs d'instruments de mesure électronique et sont généralement externalisées pour des questions de réduction de coût.

La disparition des métrologues au sein des entreprises rend difficile le dialogue entre utilisateurs et fournisseurs d'instruments de mesure et prestataires de services associés pour définir les besoins du client.

Un travail de pédagogie s'impose pour éduquer et informer les utilisateurs quant à la nécessité d'avoir recours à des prestations de métrologie et de maintenance efficaces et adaptées.

Personne ne contestera le fait que la mesure est indispensable aux industriels pour proposer des produits et des prestations de qualité. Et à l'intérieur même du domaine de la mesure, les services –que ce soit les prestations de métrologie (étalonnage, vérification, traçabilité, incertitude des mesures, etc.) ou la maintenance des instruments de mesure – revêtent une importance capitale, car de ces derniers dépendront la fiabilité des mesures effectuées et, par conséquent, la qualité des produits fabriqués par l'industriel et des prestations qu'il fournit. En ce qui concerne le marché de la mesure électro-nique, qui s'est élevé à un peu plus de 300 millions d'euros en France en 2013 selon les chiffres du Simtec (Syndicat de l'instrumentation de mesure, du test et de la conversion d'énergie dans le domaine de l'électronique), les services comptent pour environ un tiers de ce total, preuve de l'importance de ce créneau. Pour autant, les prestations de métrologie et de maintenance ne bénéficient pas forcément de toute l'attention qu'elles mériteraient de la part des possesseurs d'instruments de mesure électronique, même si la norme ISO9001 –qui oblige les entreprises à vérifier leurs instruments régulièrement et à conserver la traçabilité de ces contrôles– est bien rentrée dans les mœurs des entreprises.

L'externalisation de la métrologie est la norme

Ce relatif manque d'intérêt est une conséquence directe de la stratégie de pression sur les coûts pratiquée par les industriels depuis de longues années. « Les prix à court terme ont de plus en plus d'influence si bien que les industriels considèrent avant tout le prix d'achat des instruments de mesure et relèguent les prestations de métrologie et la maintenance au second rang », affirme Francis Richard de Trescal. Si bien qu'aujourd'hui, rares sont les grandes entreprises à disposer de services de métrologie en leur sein, comme par le passé. « Il y a encore 5 ou 6 ans, on pouvait encore trouver des services de métrologie au cœur des entreprises pour des raisons stratégiques,comme dans le secteur de la défense, mais aujourd'hui, c'est terminé : les industriels du militaire externalisent eux aussi leur métrologie », constate Cyril Oeuvray de Keysight Technologies.

Cette tendance à l'externalisation de la métrologie, et des services en général, influe sur le type d'interlocuteurs auxquels ont affaire les fournisseurs d'instruments de mesure électronique et prestataires de services associés. « Nous sommes aujourd'hui face à trois typologies de clients : les acheteurs, dont la technique n'est pas la spécialité première, les utilisateurs, qui sont davantage aguerris à la technique sans pour autant être aptes à maîtriser et à exploiter au maximum les mesures qu'ils réalisent,et enfin les métrologues qui, il faut bien le dire, est en voie de disparition », explique Francis Richard. Conséquence, « les utilisateurs d'instruments doivent être formés car les “vrais” métrologues partent à la retraite et ne sont pas remplacés », renchérit Cyril Oeuvray. « Par exemple, beaucoup emploient le mot “calibrage” –qui vient de l'anglais – mais “étalonnage et vérification” sont les véritables termes à utiliser », ajoute-t-il. Du coup, le dialogue entre interlocuteurs côté client, d'une part, et côté fournisseur d'appareils de mesure électronique et de services associés, d'autre part, peut s'avérer difficile. «Toute la difficulté consiste à faire l'adéquation entre le besoin de mesure du client et le résultat de nos prestations. D'abord, l'industriel doit être capable de déterminer les appareils qui sont critiques ou importants dans ses procédés avec différents niveaux hiérarchiques.Ensuite,il s'agit de déterminer la nature des prestations à réaliser : vérification ou étalonnage, accréditées ou pas… Puis il faut parler du contenu des programmes, de l'étalonnage sur l'intégralité des gammes ou partiellement… Enfin, il convient d'établir les intervalles de confirmation des produits, décrit Francis Richard. Pour cela, on se base sur plusieurs critères. Le premier est la gravité des conséquences de mesures erronées.Ensuite, on aura des critères issus de l'analyse de prestation précédente, si par exemple l'instrument dérive, des notions de coûts… Il existe un certain nombre de points sur lesquels on va s'appuyer pour optimiser la fréquence des opérations.»

Il y a encore 5 ou 6 ans, on pouvait encore trouver des services de métrologie au coeur des entreprises pour des raisons stratégiques, comme dans le secteur de la défense, mais aujourd'hui, c'est terminé : les industriels du militaire externalisent eux aussi leur métrologie.

Keysight Technologies

Pour pallier cette difficulté de communication liée au manque de maîtrise des interlocuteurs de certains clients pour les notions de métrologie et de maintenance, et qui peut nuire à la définition des prestations de services dont ils ont besoin, le Simtec, via son comité «maintenance» (voir encadré cidessous) , a entrepris un travail de pédagogie visant à «éduquer» et à informer les industriels pour valoriser les activités de service et de maintenance dans le domaine de la mesure électronique. Par le biais de conférences itinérantes à travers la France ( bvjournées «Test et Mesure» du Simtec) ainsi que d'une plaquette explicative des termes de métrologie, l'association professionnelle tente de prodiguer la bonne parole pour que les problèmes de la métrologie soient bien compris et que les risques et les enjeux d'une maintenance des instruments de mesure électronique soient assimilés par les industriels. « Ce travail pédagogique est très important pour pouvoir dialoguer de façon efficace », indique Cyril Oeuvray.

Au niveau de la maintenance proprement dite, on constate certaines évolutions. « Contrairement à d'autres domaines de la mesure, comme les secteurs de la température (four, climatisation), de la qualité des fluides, etc., la maintenance préventive n'est plus nécessaire pour les instruments de mesure électronique modernes car ils ne contiennent plus de partie électromécanique. En revanche, la maintenance curative reste indispensable », affirme Francis Richard.Toutefois, le renouvellement plus fréquent des instruments de mesure tend à réduire cette dernière. «Aujourd'hui, les gammes d'instruments de mesure électronique se renouvellent plus rapidement que par le passé,pas seulement pour des questions de performances, mais surtout pour avoir davantage de fonctionnalités.Les appareils sont plus“compétents” et demandent donc moins de maintenance en termes de capture de mesures », précise Cyril Oeuvray. Cependant, la vision à court terme des industriels en termes de coût impose des exigences de plus en plus drastiques aux acteurs de la mesure électronique. « En plus d'une forte pression sur les coûts, les industriels exigent des interventions sur site dans des délais toujours plus courts et veulent immobiliser le moins longtemps possible les instruments de mesure. Des exigences d'autant plus contraignantes que les utilisateurs agissent bien souvent au coup par coup au niveau de la maintenance, sauf pour les gros instruments qui bénéficient généralement d'un contrat » , indique Cyril Oeuvray.

Le comité « maintenance » du Simtec

Le Simtec, créé en 1990, est le syndicat de l'instrumentation de mesure, du test et de la conversion d'énergie dans le domaine de l'électronique. Il regroupe environ 50 entreprises. Son comité «maintenance» rassemble des constructeurs ainsi que des prestataires de services avec pour objectif d'identifier et d'expliquer les enjeux de la métrologie et de la maintenance dans le cycle de vie des équipements et d'en optimiser leur utilisation afin de satisfaire aux exigences des processus dans lesquels ils sont impliqués, au travers de critères de qualité, de sécurité, de disponibilité, de finance et d'en optimiser leur utilisation. Les analyses et réflexions de ce comité se traduisent par différentes publications et des conférences dans différentes manifestations professionnelles dont les journées «Test et Mesure» du Simtec organisées régulièrement à Paris et en province; ces interventions ciblent des problématiques liées aux domaines électriques avec pour ambition de répondre de façon concrète et pragmatique aux questions que se posent leurs clients sur tous les sujets y afférent: respect des normes, sécurité, prestations et problématiques associées telles que la maîtrise des coûts et des délais.

En 2012, afin d'étendre leurs actions d'information sur la maintenance et la métrologie, le Simtec et le CFM (Collège français de métrologie), l'organisation la plus représentative en France dans le domaine de la métrologie dont elle adresse tous les domaines au travers de plus de 300 adhérents ont décidé de renforcer leur relation par des échanges plus approfondis, au travers de participations croisées dans leurs travaux et communications respectifs. Ces premiers contacts ont déjà conduit le CFM à intervenir lors des deux dernières conférences du Simtec en y amenant une expertise complémentaire qui a manifestement séduit les auditoires.

Forts de ces premiers succès les deux organisations ont décidé de renforcer leurs relations par des échanges plus poussés à travers des participations croisées dans leurs communications et leurs travaux respectifs. Ces contacts avec le CFM vont permettre au Simtec d'étendre son action et d'organiser plus de journées techniques et pédagogiques.

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